dimanche 17 juin 2012

Les bains de foule

D'abord, il faut le mentionner, j'ai un certain dédain de l'eau, même des bains. Quand j'étais petite, je craignais qu'il y ait une baleine — rien de moins — qui barbote avec moi. Aux arguments rationnels de mes parents, je rétorquais, spécialiste, que si ç'avait été un béluga, eh bien, on y verrait que du feu parce que les bélugas sont blancs, comme la baignoire. Le camouflage, maman-papa, le camouflage!

La saison des festivals commencée à Montréal, je goûte l'ivresse nauséeuse d'une variante de la noyade traditionnelle : la foule. Le regard hagard et aveugle, j'y macère patiemment en compagnie de mes compères. Et je m'exerce au camouflage. Aveugle, dis-je? Certes. On passe les autres en revue, avouez-le, et pourtant, on les oublie aussitôt. Or, perdue dans la marée humaine (il faut l'avoir vue recréer l'effet de vagues en sautant au rythme de Loco Locas), on devient une toute petite cellule, unique, oui, quoique futile, presque anonyme dans l'immensité du corps (social). Croyez-vous à la magie? Car on devient alors, je vous en conjure, invisible. Et, vous savez quoi? C'est parfait.

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