mardi 28 août 2012

Le Refuge

J'ai troqué le veston, la camisole, le pantalon propre et les ballerines pour le coton ouaté, la camisole de sport, le short et les espadrilles. On se débarbouille de notre maquillage professionnel. Rien ne va plus? On s'enfonce nos écouteurs dans les oreilles et on se pousse, sans cellulaire, déconnectée, au mont Royal.

La montagne, c'est non seulement le poumon de la ville, mais également des bras humides au parfum terreux qui m'enlacent et m'aident à me ressaisir. Meurtrie par les coups durs de la vie et assiégée par la tyrannie du sentiment de n'appartenir à aucun monde, j'ai l'impression que mon énergie est actuellement disséminée aux quatre vents. Heureusement, reste ma colère pour combattre l'adversité en envoyant tout paître avant de pouvoir m'appartenir de nouveau.

À la fin de juillet, j'ai humé l'arrivée de l'automne. Les feuilles des peupliers tombées sur les premiers mètres de mon ascension m'ont confirmé mon intuition. Le fond de l'air s'est refroidi, et ma mémoire nostalgique de patineuse se réactive à chaque bouffée. La rivière de mes peines s'est sublimée. Tout à coup, je ne suis plus qu'un cœur qui bat, que le sang qui irrigue mes muscles et qu'une cage thoracique qui se déploie. Des souvenirs lancinants rejaillissent : la glisse, l'impulsion, la suspension dans les airs et la réception finale, comme une signature au bas d'un contrat de libération.

Les coureurs pullulent dans les sentiers. On devine l'approche du marathon Oasis. Ces gens se transforment en paysages flous qui défilent et se meurent dans la seconde comme si j'avalais les kilomètres à vélo. En roulant, j'ajoute de la distance entre mes tracas et moi. En « spinnant » toutefois, la magie opère différemment: tout s'éclaircit. Il devient facile de prendre les bonnes décisions. Tant que le stress aura de l'emprise sur moi, je ne crois pas que je pourrai aborder la vie uniquement avec mon intellect. Il me faudra toujours pédaler, courir ou grimper.

Petite je m'entraînais avec mon grand-père à la boxe. Or, j'intégrais déjà la notion qu'en l'expérience sportive réside, à mon sens, l'écho de toutes les expériences de la terre. Je jetais alors les fondements de l'adulte que des années de patinage artistique et d'entraînement de haute voltige allaient façonner. Le mouvement allait me fasciner. Et l'adversaire, non affronté sur le ring, lui, a fini par imposer le combat sur le plancher des vaches, semble-t-il.

Mon chemin de Recompose-Elle débouche sur l'interminable escalier menant au belvédère. Dernier effort avant de méditer en dominant la ville et ses maux, assise en tailleur presque comme au yoga.

Immobile dans ma position de sage (à défaut de l'être), j'ai osé un voyage fantasque. Derrière mes paupières, une troupe, une famille, de voltigeurs, équilibristes, jongleurs et danseurs déferlait sur les rythmes de Jill Scott, Le Boom vent suite. Et j'en étais le maître d'orchestre, la chorégraphe. Je dirigeais et incarnais à la fois chacun des artistes. L'émotion m'a submergée. Quand j'ai émergé de mon hallucination, j'étais enfin reconstruite.

Au pied de la montagne flottait le spectre de mes douleurs. Maintenant que j'avais cueilli mes joies à sa cime, je pouvais redescendre, armée, dans l'épouvante réalité. 

Je réitère : la montagne, ce n'est pas uniquement le poumon de Montréal. C'est ce refuge que je ne trouve parfois plus dans ma vie. 






vendredi 17 août 2012

Everything's Gone Green



David Coupland and the Canadian identity. What is it like? Flash back, some course I took a few years back in university. Watching this movie, notice the peculiar objects brought purposely together. That's Coupland's touch. Enjoy.

Read IMDB review.

lundi 13 août 2012

Comme une impression d'allégorie

Texte tiré de La dictée (www.lecturel.com/dictee), site Internet sur lequel je pratique la correction de textes. 

Ce conte raconte l'histoire d'amour entre Célestine et son Géranium qui se prodiguent mutuellement tendresse et joie de vivre. Elle l'arrose pendant que la fleur rouge nourrit son âme et son cœur. Mais Géranium ne peut s'arrêter de pousser et dépasse bientôt le toit de la maison. Inquiète que sa tige se casse, Célestine le supplie de cesser de pousser en lui disant qu'il n'a pas besoin de toucher le ciel pour être unique. Quand elle lui rappelle à quel point il la rend heureuse, il lui répond de ne pas lui demander de cesser de grandir. Elle, qui l'aime tant, ne peut que respecter sa soif de liberté. Non content de grandir, il construit un magnifique château dans ses pétales, qui lui vaudra bientôt d'être envahi par une multitude de visiteurs qui arracheront ses feuilles et courberont sa tige sous leur poids. Quand la vie quitte Géranium, Célestine ne croit pas s'en remettre, mais les graines de la fleur ne tardent pas à se multiplier et Célestine retrouve dans chacune d'elles le cœur de son Géranium.
Extrait de Célestine et le Géranium magique de Barbara Sala.

Vous ne trouvez pas que ça appelle à une réalité encore plus commune?

samedi 11 août 2012

On jase, Belleruche (1re partie)


Nothern Girls
En octobre dernier, mon couple a explosé et, moi, j'ai volé en éclats au cœur de la Promenade Masson. Colocation tardive. Deux mecs que je ne connaissais ni d'Ève ni d'Adam et deux bêtes sauvages, donc trois poilus au total en comptant la mienne. Si j'ai toujours été portée sur le ménage, j'avais alors une véritable raison d'être zélée.

Minor Swing
On était trois, et j'étais la seule représentante du sexe féminin humain. S., l'une des chattes, et moi nous sommes tenu les coudes. Trois: A., B. et moi, C. Mais on a rapidement établi qu'on était trois "A": l'Artiste, l'Athlète et l'Alcoolique. A., programmeur français, développe des "app" mobiles. Il aime la bière, les filles et le jazz... et en pianoter sur son clavier. B., préposé, travaille dans un monde de fous. Il aime le hockey, les causes honorables et les arts.

Alice
Au moment de rencontrer B., responsable du logement, et A., mobilisé pour l'occasion, j'ai croisé une Asiatique qui venait visiter les lieux avant moi. J'ai patienté au Star Buck's, tout à côté, attendant mon tour. Puis, j'ai mis les pieds où, quelques minutes plus tard, on acceptait que j'emménage le mois suivant. On est sortis, A., B. et moi, boire un verre au Café Lézard, recommandation de B. Mon fidèle ami N. nous y a joints, puis nous avons terminé la soirée, N., B. et moi, au Latulippe, où B. est resté, seul, après que N. et moi sommes partis. Quand ça clique, ça clique.

10 Things You Should Not Say To A Translator


1) So how many languages do you speak, huh?
 Habituellement, un traducteur se spécialise dans un couple de langues. Ce n'est qu'avec les années, ou le contexte, qu'il vient à en maîtriser plusieurs. 

2) Then, you can translate back and forth in both English and French, right?
Un traducteur traduit généralement dans sa langue maternelle.


3) Oh! My cousin is a translator, too.
She is bilingual. Si l'exercice de la traduction implique que l'on soit bilingue, ce n'est par contre pas la seule qualité du traducteur.


4) At work, we do our own translations.
Le traducteur pourrait comprendre que l'entreprise ne reconnaît pas la valeur ajoutée de ses activités professionnelles.


5) As a freelancer, you get to work in your pyjamas. Great!  
Si le travail à la maison permet de travailler en pyjama, si on le souhaite, ce n'est pas toutefois pas forcément un choix pour lequel un traducteur optera. 

6) What does (that) word mean?  
Un mot hors contexte ne peut être traduit avec justesse.

7) How do you translate (very specific creative content) in French?  
Il se peut qu'un traducteur doive se familiariser avec certains domaines avant de les traduire. Dans le cas d'adaptations, plusieurs éléments doivent en outre être considérés avant de produire une traduction.

8) So you work for the Canadian Government, right?  
Le BT (Bureau de la traduction) est, certes, le plus grand employeur de traducteurs au Canada. Cependant, il n'est pas le seul.

9) What did you study in? Litterature?  
La traduction est une spécialisation. Les traducteurs qui ont une formation typique ont donc étudié en traduction.

10) How much to translate (this, you can't look at) into French?  
Les traducteurs facturent souvent au mot. S'il est possible de proposer un prix forfaitaire, le langagier doit cependant d'abord pouvoir estimer la tâche.

mercredi 8 août 2012

Les perles de Catherine

Installées sur la terrasse du Saint-Bock à 16 h un mardi, M. et moi jouons une partie de Scrabble en buvant un verre et en enfilant les cigarettes. Un après-midi santé, comme on les aime. Tout à coup, je remarque une mouche noyée dans mon margarita. J'y plonge alors les doigts pour l'en retirer, tout simplement, sans faire de chichi. MAIS par réflexe, je porte le bout de mes doigts mouillés à ma bouche pour en sucer le jus. M. et moi avons éclaté de rire.

Citation de la semaine

Parmi mes nombreux dictionnaires, on recense un dictionnaire des proverbes et des citations. Chaque semaine ou presque, je sélectionne une phrase que je retranscris sur mon tableau, dans la cuisine.
Voici celles du moment:

La CAPACITÉ
"Un défaut qui empêche les hommes d'agir, c'est de ne pas sentir de quoi ils sont capables."  Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1704), homme d'Église, prédicateur et écrivain français membre de l'Académie française. (infos WIKIPEDIA)
 "Les hommes ne croient jamais les autres capables de ce qu'ils ne le sont pas eux-mêmes." issue des Mémoires de Paul De Gondi, cardinal de Retz. 

vendredi 3 août 2012

D'un seul trait

Après 48 h de course contre la montre et d'émotions fortes, je prends enfin une journée pour me reposer. J'adore le travail. Des amis à moi, qui connaissent un certain succès professionnel, me conseillent d'incorporer le moi professionnel au moi de tous les jours et, à l'inverse, de plonger entièrement, en tant que moi-même (la sportive toute simple), dans la vie professionnelle. Honnêtement, j'hésite encore, voyant plutôt en leur suggestion une excellente façon de faire un épuisement professionnel voire un danger de s'y perdre, d'un point de vue identitaire. Mais c'est moi qui dois avoir tort.

Enfin, le but de ce billet n'est pas d'aborder la question de ma carrière. Au contraire. Je viens de terminer la lecture d'un blogue de voyage (et mon chat crie encore, histoire de me rendre folle) qui vient de me faire prendre conscience que j'oublie souvent de vivre le moment présent. Cependant, durant les quelques heures qu'a duré ma lecture, j'étais complètement absorbée par le récit, faisant fi de tout le reste. J'ai fait une pause pour aller m'en griller une, sur le balcon de mon appartement qui donne sur la ruelle. Et j'ai réalisé que, là, je ne pensais pour une fois plus à rien, rien du tout. Un court moment de sérénité, de plénitude peut-être. Ç'a fait un bien énorme.


 Alors j'ai décidé d'écrire ce billet d'un seul trait, par souci de simplicité. Voilà. Mais, dites-moi, est-ce que vous êtes, vous aussi, parfois à ce point pris par le quotidien que vous en perdez de vue l'instant présent?