L’été dernier, ma grand-mère prenait son envol vers un autre
monde. Un départ presque planifié, profitant même d’une belle journée pour
minimiser les probabilités de turbulences là-haut. Ça fait un an qu’elle a
retrouvé son homme. Moi, ça fait un an que je n’ai pas joué au Scrabble et que
je n’ai pas mangé de béchamel. Elle m’a légué sa fameuse recette de sauce à
spag’ dont je raffolais, pas celle de sa béchamel.
Ma passion pour les jeux de mots s’est réfugiée dans les
mots croisés, mais mes moments de détente obligés (dur apprentissage), eux, ont
réussi à perdurer au-delà de son absence. Je n’ai plus besoin de ses quatre-vingts
quelque années pour prendre le temps de m’écraser devant la télé et suivre un
téléroman. Mes genoux, nostalgiques, n’ont jamais été aussi capricieux que
depuis le 23 juillet 2011. Je porte en mes articulations tout le poids de
sa grande existence. Puis, il y a que, maintenant, plutôt que de lui rendre
visite une ou deux fois par semaine, eh bien, je l’amène avec moi partout où je
vais tout temps. N’empêche, elle me manque.
Avant que je lui fasse comprendre que j’ai de profonds
doutes sur ma fibre maternelle, ma grand-mère souhaitait ardemment voir ses
arrières petits enfants avant de rendre l’âme. Or, sa mort n’a rien changé à mon
sentiment, désolée. Et bien que j’ai persévéré dans les communications écrites,
talent qu’elle reconnaissait chez moi, ma grand-mère m’a souvent répété que j’aurais
été une excellente prof’ d’édu. Mais j’ai toujours refusé de suivre le même
chemin, tout tracé, que mes parents avaient emprunté et, surtout, d’enseigner
le sport alors que, moi, j’aime plutôt en faire.
Trois cent soixante-cinq jours… ça semble une éternité et,
pourtant, ç’a passé si vite. Ça fait maintenant près d’un an que je n’ai pas vu
la famille, déchirée par la succession. Jamais J. n’aurait souhaité une telle
chose. De son vivant, elle a passé l’éponge sur des tonnes d’événements pour
préserver la paix. J’ai honte que mon père et mes oncles n’aient pas su s’entendre
et prendre soin du plus beau legs que ma grand-mère a voulu leur laisser.

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